L’approche pédagogique va très vite devenir un critère de choix pour les étudiants

Interviewée lors du lancement officiel du Suptice, par Diane Scherer de l’AEF le 02/12/2014, Carole Nocéra-Picand, directrice du Suptice, précise à cette occasion le rôle du service, dédié à la pédagogie universitaire et aux TICE, au regard des nouveaux enjeux de la transformation pédagogique dans les établissements d'enseignement supérieur.

Carole Nocéra-Picand
  1. Le rôle du Suptice
  2. Pourquoi lier dans un même service Tice et pédagogie universitaire?
  3. Un service adossé à la recherche
  4. Les formations proposées par le Suptice
  5. Pourquoi il y a "urgence" à créer des services d’appui à la pédagogie?
  6. L’équipe du Suptice
  7. L’expérience de l’UFR d’odontologie

Rennes 1 a lancé officiellement, jeudi 27 novembre 2014, Suptice, son service universitaire de pédagogie et des Tice, qui fait suite au Cirm. Un changement de nom qui répond au positionnement de l’université sur "cet enjeu de la qualité pédagogique", comme le souligne Carole Nocéra-Picand, directrice du service.

Elle met en avant les spécificités de Suptice : "un guichet unique pour les enseignants", qui "peuvent y trouver tout le spectre de l’ingénierie à la manœuvre dans le suivi des projets pédagogiques", "un service adossé à la recherche", "une équipe administrative et juridique forte". Elle estime "urgent" que les universités françaises "prennent le virage de la qualité de la formation". Elle explique pourquoi, avec Grace Neville, présidente du jury idefi de 2012 (lire sur AEF), et Florian Meyer, de l’université de Sherbrooke.

Reproduction avec l'aimable autorisation de l'agence de presse AEF

Le rôle du Suptice

Aider les enseignants à faire évoluer leurs pratiques pédagogiques, en s’appuyant - si leur projet s’y prête - sur les usages pédagogiques du numérique : tel est le rôle du Suptice, le service de Rennes 1 dédié à la pédagogie et aux Tice, lancé le 27 novembre. "Nous accompagnons les enseignants, que la demande concerne un point de cours, une UE, une formation complète", précise Carole Nocéra-Picand, directrice du Suptice, qui remarque que les demandes se multiplient : +50 % entre 2012 et 2013. "Les enseignants viennent souvent nous voir avec une demande d’outil : utiliser les boîtiers de vote, mettre des ressources en ligne, agencer un espace Moodle, etc. On les amène alors à élargir leur réflexion sur leur pédagogie. Mais de plus en plus, leur demande évolue : 'mes étudiants ne réagissent pas en amphi, que puis-je faire ?' On sent un certain désarroi vis-à-vis du public étudiant, qui change... On travaille davantage, désormais, sur des situations d’enseignement."

Pourquoi lier dans un même service Tice et pédagogie universitaire?

"C’est un conseil de nos amis québécois !", explique Carole Nocéra-Picand. En 2012, elle fait le tour des structures d’appui à l’enseignement dans les universités québécoises, une mission d’analyse réalisée pour la Mines, qui débouchera sur la rédaction d’un rapport et la collaboration au livre blanc sur l’accompagnement et la formation des enseignants du supérieur aux usages pédagogiques du numérique (lire sur AEF). "La plupart des universités québécoises avaient créé au départ deux services distincts, l’un dédié aux Tice, l’autre à la pédagogie. Elles se sont ensuite aperçues qu’il était plus efficace de les fusionner, mais que ce n’était pas toujours facile. Elles nous ont donc conseillé de passer directement à cette étape", explique Carole Nocéra-Picand. "Ce qui est important, c’est le guichet unique." Florian Meyer confirme : "Les conseillers doivent être polyvalents. C’est à eux de faire comprendre aux enseignants que les Tice sont au service de la pédagogie, et de s’interroger avec eux : est-ce qu’on y a recours, ou pas ? Les technologies sont souvent un levier pour réfléchir aux nouvelles pédagogies."

Un service adossé à la recherche

Le Suptice de Rennes 1, et c’est l’une de ses spécificités, comme le souligne Carole Nocéra-Picand, est adossé à la recherche. Dès 2011, le CIRM a passé des accords de partenariat avec deux laboratoires : le Cread (Centre de recherche sur l’éducation, les apprentissages et la didactique), à Rennes 2, et le CRPCC (Centre de recherches en psychologie, cognition et communication), à Rennes 1. "Nous voulons ancrer notre action opérationnelle dans les résultats de la recherche", affirme la directrice du Suptice. "Avoir cet aller-retour permanent entre action et recherche permet de nourrir notre pratique." Elle note également que "les sciences de l’éducation se sont intéressées assez tardivement en France à l’enseignement supérieur, qui représente un contexte très différent de l’école, avec d’autres acteurs, qu’il est important d’inclure dans les démarches de recherche". Carole Nocéra-Picand veille à la professionnalisation permanente de l’équipe du Suptice : tous les lundis matin sont banalisés pour se consacrer à la pratique réflexive, à la rédaction de procédures techniques et pédagogiques... "Il est essentiel d’entretenir la curiosité intellectuelle et professionnelle sur notre champ", affirme-t-elle. "Cela garantit la qualité de nos interventions." Comités intermétiers, procédures de veille, mentorat... Cet "investissement" sur les collaborateurs du Suptice est tel que beaucoup d’entre eux sont "chassés" par d’autres structures. "S’ils ne sont pas rapidement titularisés, on prend le risque de les voir partir", regrette Carole Nocéra-Picand.

Les formations proposées par le Suptice

Il existe une trentaine de formations Tice et pédagogie au catalogue du Suptice : un parcours complet de formation en pédagogie universitaire (6 modules de 3h30 chacun), des ateliers de formation et d’échanges de pratiques, des conférences d’experts, des ateliers à la demande... "Les enseignants peuvent y trouver tout le spectre de l’ingénierie à la manœuvre dans le suivi des projets pédagogiques", résume Carole Nocéra-Picand. Parmi les formations aux outils, les enseignants peuvent se familiariser avec la classe virtuelle, le e-portfolio, les podcast et vidéocast, la plateforme Moodle, les boîtiers interactifs, la visioconférence, etc. En 2013, environ 250 enseignants de Rennes 1 ont été formés. David Alis, vice-président du CA, rappelle que depuis trois ans, les nouveaux maîtres de conférences de Rennes 1 bénéficient d’une décharge de service de 48 heures pour se former à la pédagogie et à la valorisation des travaux de recherche.

Le Suptice vient également en soutien des communautés de pratiques qui se mettent en place. Il en existe actuellement quatre à Rennes 1. "Ces communautés sont des regroupements d’enseignants, qui souhaitent parler pédagogie", explique Grace Neville, maître de conférences au département de français de l’université de Cork (Irlande), présidente du jury idefi de 2012. "Dans ce type de communautés, les gens peuvent avouer que quelque chose ne marche pas ; ils peuvent demander de l’aide. Les idées, les conseils ne viennent pas toujours de l’extérieur. La notion de communauté est importante." Florian Meyer renchérit : "En Amérique, on observe cette tendance au travail collaboratif en enseignement supérieur. C’est nouveau. Et c’est intéressant de transposer toute cette horizontalité, ce travail en équipe, qui existe depuis longtemps dans la recherche, à l’enseignement. Pour les enseignants, cela signifie sortir du face-à-face pédagogique ; c’est une sorte de lâcher prise, de renoncement : c’est en effet nouveau pour beaucoup d’enseignants de réaliser qu’ils ont la maîtrise totale de leur expertise scientifique, mais qu’en termes de pédagogie ils sont praticiens, mais pas experts".

Pourquoi il y a "urgence" à créer des services d’appui à la pédagogie?

"Les universités françaises commencent à rattraper leur retard dans la prise en compte de la qualité de la formation comme élément clé de leur attractivité", observe Carole Nocéra-Picand. "Il y a urgence à prendre ce virage, car les autres l’ont déjà fait, et parce que nous avons, en France, une hétérogénéité des publics entrants, qui n’existe pas ailleurs." Elle note aussi que des éléments comme la valeur ajoutée des universités en licence vont devenir des critères pour l’attribution des moyens, ou pour l’accréditation. La directrice du Suptice estime que "sur le grand marché mondialisé de l’enseignement supérieur, les étudiants commencent à comparer, à regarder les taux de réussite, les modalités pédagogiques, la mobilisation des enseignants pour leurs étudiants à travers le temps consacré à l’encadrement et au soutien... L’approche pédagogique va très vite devenir un critère de choix Les étudiants se parlent, échangent... Et on voit qu’ils plébiscitent les formations 'dynamiques', 'innovantes', avec un haut niveau de recherche. Il suffit de voir l’engouement des bacheliers français pour des institutions comme l’EPFL ou l’École Polytechnique de Montréal !" Florian Meyer confirme : "La faculté de médecine de l’université de Sherbrooke, quand elle a mis en place une nouvelle pédagogie, basée sur la résolution de problèmes, a attiré beaucoup d’étudiants. Depuis, un grand nombre de facultés de médecine ont revu leur pédagogie".

L’équipe du Suptice

Le service est composé de 25 personnes, dont 90 % de personnels de catégorie A : des ingénieurs projets, des ingénieurs et conseillers pédagogiques, des ingénieurs informaticiens, des ingénieurs et assistants ingénieurs multimédia (audio-visuel, intégrateurs web, infographistes...). Le service comprend également une équipe administrative, avec une assistance juridique forte, qui gère environ 500 contrats d’auteur (enseignants qui cèdent leurs droits dans des formations à distance, etc.).

L’expérience de l’UFR d’odontologie

Tout le programme d’enseignement de l’UFR d’odontologie de Rennes 1 (de la deuxième à la cinquième année) a été repensé, avec l’aide du Suptice : travail sur des cartes conceptuelles, pour repositionner les enseignements, visualiser les rapports d’antériorité ou de continuité entre les enseignements, travail sur l’évaluation... "Cette approche programme a permis de redonner de la cohérence à la formation dispensée dans le nouveau cadre LMD en santé", estime Carole Nocéra-Picand.