Comprendre le monde des étudiants

Le chapitre 3 de l’ouvrage "Innover dans l’enseignement supérieur" est consacré à l’étude des éléments qui caractérisent la diversité des étudiants, les mécanismes d’adaptation et les conditions d’engagement des étudiants dans le monde de l’enseignement supérieur.

Comprendre le monde des étudiants
  1. Quelles sont les particularités des étudiants d’aujourd’hui ?
  2. Comment les étudiants s’adaptent-ils à l’enseignement supérieur ?
  3. Comment soutenir l’engagement des étudiants ?
  4. Pour conclure
  5. Lectures complémentaires

Les auteurs dressent un portrait de la recherche dans ces domaines.

  • Auteurs du chapitre: Jean-Pierre Béchard est professeur titulaire et directeur pédagogique de l'éducation permanente de HEC Montréal et membre collaborateur du CERES, Denis Bédard est professeur titulaire à la faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke et directeur du CERES
  • Issu de l'ouvrage: Innover dans l'enseignement supérieur, Dir. BEDARD Denis & BECHARD Jean-Pierre, chapitre 3

Quelles sont les particularités des étudiants d’aujourd’hui ?

En premier lieu, les auteurs  précisent que le résultat des recherches  est issu  de 3 types d’enquêtes qui dressent des portraits d’étudiants européens et nord-américains : L’Observatoire national de la vie étudiante, le Projet 2000 de l’étudiant européen et l’ICOPE. Selon ces enquêtes et dans une perspective sociologique, les étudiants aujourd’hui, seraient des étudiants à temps partiel et navigueraient entre des périodes d’études et d’exercice professionnel.  Alors que certains étudiants exercent une activité professionnelle à temps partiel, d’autres stoppent leur études puis les reprennent, se réorientent…

En parallèle à ces enquêtes, d’autres chercheurs ont orienté leurs travaux sur l’analyse des besoins d’apprentissage des étudiants, leurs aspirations et motivations. Parmi ceux-ci, Gaya Rogers, a défini 6 groupes d’étudiants ayant des aspirations et motivations communes face aux choix d’études:

  • Des étudiants qui souhaitent des liens clairs entre le travail universitaire et le marché du travail
  • Des étudiants qui souhaitent approfondir et tester leurs connaissances
  • Des étudiants qui choisissent des stratégies leur permettant d’avoir plusieurs options d’orientation
  • Des étudiants qui perçoivent leurs études comme un investissement et qui cherchent à expliciter l’intérêt d’un cursus
  • Des étudiants qui développent une culture de base et généraliste
  • Des étudiants qui cherchent à associer études et sport ou art de haut niveau
  • Des étudiants

Face à cette diversité de sources motivationnelles, les parcours de formation unidirectionnels risquent de ne pas répondre à ces diverses aspirations, la différenciation pédagogique est une voie à explorer.

Pour l’enseignant:

Au regard de ces recherches, pour soutenir l’engagement des étudiants, l’enseignant et l’institution  devront être attentifs à la qualité de l’enseignement et du support pédagogique, à la flexibilité du parcours de formation ainsi qu’à la qualité du climat d’étude.

Comment les étudiants s’adaptent-ils à l’enseignement supérieur ?

Là encore, les auteurs explicitent plusieurs travaux de recherches portant sur les mécanismes d’adaptation des étudiants dont voici quelques extraits :

Alain Coulon – Université Paris 8 : Temps de passage que traverse l’étudiant primo-arrivant. Ses études portent sur les difficultés de passage entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. Il décrit trois phases que l’étudiant traverse en intégrant l’enseignement supérieur.

Temps

Pour l’enseignant :

Il est intéressant de proposer aux nouveaux étudiants des temps de formation aux méthodologies de travail universitaire, de recherche documentaire, d’explicitation des cursus de formation, d’utilisation de journal de bord… C’est ce qu’Alain Coulon nomme aussi « Pédagogie de l’affiliation ».

Georges Felouzis – Université de Genève : « Le double processus institutionnel et intellectuel n’est prégnant que pour un petit nombre ». Selon ce professeur de sociologie, la plupart des étudiants ne parviendrait pas à s’adapter aux attentes du système universitaire. Il définit 3 étapes d’intégration :

Etapes

Mantz Yorke et Bernard Longden – Royaume-Uni : Etudient l’abandon des études. Ces auteurs classent en 4 catégories les origines de décrochage des études explicitées par les étudiants :

Abandons

Comment soutenir l’engagement des étudiants ?

A l’université, l’enseignement favorise souvent l’assimilation de connaissances sous forme déclarative (concepts, théories), très spécialisées et difficiles à transférer à d’autres domaines.

L’enseignant pourra alors chercher à favoriser les liens entre les connaissances acquises et leur utilisation dans des contextes dans lesquelles elles seront utilisées (on parle aussi de contextualisation des apprentissages) en créant des situations d’apprentissage dites « authentiques » :

  • Proposer des illustrations issues du milieu professionnel
  • Proposer des problèmes à résoudre en lien avec le milieu de pratiques
  • Accompagner les étudiants tant sur le processus de construction et d’utilisation des connaissances que sur le produit
  • Utiliser des situations contextualisées, authentiques
  • Favoriser l’interdisciplinarité

Pour conclure

Face à la diversité des profils étudiants et des stratégies d’apprentissage, nous avons tout intérêt à réfléchir les cursus de formation en positionnant l’étudiant au cœur du dispositif de formation, au cœur de son cursus d’apprentissage. Cette réflexion, à  la fois individuelle et collective est un élément clef pour construire des environnements de formation qui soutiennent l’engagement et l’apprentissage des étudiants.

Lectures complémentaires

  • Le métier d’étudiant – L’entrée dans la vie universitaire, Alain Coulon
  • Réussite, échec et abandon dans l’enseignement supérieur, Marc Romainville
  • Les étudiants et le travail universitaire – Etude Sociologique, Mathias Millet